
L’Afrique dispose de certains des meilleurs gisements solaires, éoliens, hydrauliques et géothermiques au monde. Face à la hausse de la demande d’électricité, à la dépendance aux combustibles fossiles et aux enjeux climatiques, plusieurs pays africains accélèrent leur transition vers les énergies renouvelables. Mais les trajectoires sont très différentes selon les ressources naturelles, les financements disponibles et les choix politiques.
L’Afrique représente une part encore limitée de la capacité mondiale installée en renouvelables, alors que son potentiel est immense. Le continent bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel, notamment au Sahara, au Sahel, en Afrique australe et dans la Corne de l’Afrique. Selon les estimations souvent citées par les organisations internationales, l’Afrique concentre une part majeure du potentiel solaire mondial, mais n’en exploite encore qu’une fraction.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs : manque d’infrastructures électriques, coûts de financement élevés, réseaux parfois fragiles, instabilité réglementaire ou dépendance historique aux hydrocarbures. Pourtant, les besoins sont pressants. Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, tandis que les villes, les industries et les services numériques demandent une alimentation de plus en plus stable.
Dans ce contexte, les renouvelables ne sont pas seulement une réponse environnementale. Elles deviennent un outil de sécurité énergétique, de développement industriel et d’accès à l’électricité dans les zones rurales. Les mini-réseaux solaires, les centrales hydroélectriques, les parcs éoliens et la géothermie offrent des solutions adaptées à des réalités très diverses.
Le Maroc fait partie des pays africains les plus avancés dans la structuration d’une politique énergétique verte. Dépourvu de grandes ressources fossiles, le royaume a très tôt cherché à réduire sa dépendance aux importations de pétrole, de gaz et de charbon. Sa stratégie repose sur un objectif clair : porter la part des renouvelables à plus de 50 % de la capacité électrique installée d’ici 2030.
Le projet le plus emblématique reste le complexe solaire Noor, à Ouarzazate, l’un des plus grands au monde. Il combine plusieurs technologies solaires, dont le solaire thermodynamique à concentration. À cela s’ajoutent des parcs éoliens importants, notamment à Tarfaya, Midelt, Boujdour ou Tanger. Le Maroc mise aussi sur l’hydrogène vert, encore à un stade émergent, mais considéré comme un futur levier d’exportation vers l’Europe.
La stabilité du cadre réglementaire, la présence d’agences dédiées et les partenariats avec des institutions financières internationales ont favorisé cette montée en puissance. À l’échelle internationale, la trajectoire marocaine est souvent comparée à la transition énergétique du continent européen, où les politiques publiques jouent également un rôle décisif dans l’essor des énergies propres.
L’Égypte est un autre acteur majeur de la transition énergétique africaine. Le pays bénéficie d’un fort ensoleillement, de vastes espaces désertiques et de corridors venteux, en particulier autour du golfe de Suez. Le parc solaire de Benban, près d’Assouan, illustre cette ambition. Avec une capacité d’environ 1,8 GW, il figure parmi les plus grands complexes solaires photovoltaïques du monde.
L’éolien occupe également une place importante dans la stratégie égyptienne. Les zones proches de la mer Rouge offrent des conditions favorables à de grands parcs. Le gouvernement cherche à attirer les investisseurs privés grâce à des accords d’achat d’électricité, des appels d’offres et des partenariats internationaux.
Depuis quelques années, l’Égypte affiche aussi de fortes ambitions dans l’hydrogène vert. Sa position géographique, entre Afrique, Moyen-Orient et Europe, ainsi que la présence du canal de Suez, en font un candidat stratégique pour produire et exporter des carburants bas carbone. Plusieurs protocoles d’accord ont été signés avec des entreprises internationales, même si la concrétisation industrielle demandera encore du temps et des investissements massifs.
L’Afrique du Sud est le pays le plus industrialisé du continent et l’un de ses plus grands consommateurs d’électricité. Son système énergétique repose encore largement sur le charbon, ce qui en fait aussi l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre en Afrique. La transition vers les renouvelables y est donc un enjeu climatique, économique et social majeur.
Le pays a lancé depuis plusieurs années le programme REIPPPP, destiné à favoriser les investissements privés dans le solaire et l’éolien. Ce dispositif a permis de développer de nombreux projets, en particulier dans le Cap-Nord, région très ensoleillée, et dans les zones côtières propices à l’éolien. L’objectif est de diversifier le mix électrique et de réduire les délestages liés aux difficultés de l’opérateur national Eskom.
La transition sud-africaine reste toutefois délicate. Le charbon emploie de nombreux travailleurs et structure l’économie de certaines régions. La notion de transition juste est donc centrale : il ne s’agit pas seulement d’installer des panneaux solaires ou des éoliennes, mais aussi d’accompagner les territoires, de former les salariés et de moderniser le réseau électrique.
Le Kenya se distingue par une ressource moins médiatisée que le solaire : la géothermie. Situé sur la vallée du Rift, le pays dispose d’un potentiel important lié à l’activité géologique de la région. La géothermie fournit une électricité stable, disponible en continu, contrairement au solaire ou à l’éolien qui dépendent des conditions météorologiques.
Cette caractéristique en fait une énergie particulièrement précieuse pour sécuriser le réseau. Le Kenya a investi dans plusieurs sites, notamment à Olkaria, qui constitue l’un des pôles géothermiques les plus importants d’Afrique. Grâce à cette ressource, les renouvelables représentent déjà une part très élevée de la production électrique nationale, aux côtés de l’hydroélectricité, de l’éolien et du solaire.
Le parc éolien du lac Turkana, d’une capacité d’environ 310 MW, complète ce tableau. Il est l’un des plus grands parcs éoliens du continent. Le Kenya montre ainsi qu’une transition énergétique efficace peut reposer sur un mix diversifié, adapté aux ressources locales plutôt que sur une seule technologie.
L’Éthiopie a fait de l’hydroélectricité le pilier de sa stratégie énergétique. Le pays dispose de ressources hydriques importantes, notamment grâce au Nil Bleu et à plusieurs grands bassins fluviaux. Le Grand barrage de la Renaissance, souvent appelé GERD, est au cœur de cette ambition. Sa puissance installée prévue dépasse 5 GW, ce qui pourrait profondément transformer l’approvisionnement électrique du pays.
Pour l’Éthiopie, l’objectif est double : répondre à la demande intérieure et devenir un exportateur régional d’électricité. Des interconnexions existent ou sont en développement avec des pays voisins comme le Kenya, Djibouti ou le Soudan. Cette logique de commerce régional de l’électricité pourrait renforcer la stabilité énergétique de l’Afrique de l’Est.
Le modèle éthiopien soulève néanmoins des questions. La dépendance à l’hydroélectricité expose le pays aux variations climatiques et aux sécheresses. Les grands barrages peuvent aussi provoquer des tensions diplomatiques lorsqu’ils concernent des fleuves transfrontaliers. La diversification vers le solaire, l’éolien et la géothermie apparaît donc comme un enjeu de résilience énergétique.
Tous les pays africains ne développent pas des projets géants, mais plusieurs avancent avec des stratégies pragmatiques. Le Sénégal a investi dans des centrales solaires, notamment à Bokhol, Malicounda ou Kahone, et cherche à améliorer l’accès à l’électricité dans les zones rurales. Le pays combine ses ambitions renouvelables avec l’exploitation récente de ressources gazières, présentées comme une énergie de transition.
Le Ghana dispose d’un mix dominé par l’hydroélectricité et le thermique, mais développe progressivement le solaire, notamment pour réduire la pression sur son réseau et diversifier ses sources. Le Rwanda, de son côté, mise sur des projets solaires, des mini-réseaux et des solutions hors réseau pour atteindre les foyers isolés. Le parc solaire d’Agahozo-Shalom a été l’un des premiers projets photovoltaïques d’envergure en Afrique de l’Est.
Ces pays illustrent une réalité importante : la transition énergétique africaine ne se limite pas aux grandes centrales. Elle passe aussi par des solutions décentralisées, capables d’alimenter des villages, des écoles, des centres de santé ou de petites entreprises. Dans de nombreux territoires, le solaire hors réseau représente une solution rapide pour améliorer l’accès à l’électricité.
Le développement des énergies renouvelables en Afrique repose sur plusieurs filières, chacune adaptée à des contextes géographiques spécifiques. Le solaire domine les perspectives, mais l’éolien, l’hydraulique, la biomasse durable et la géothermie jouent aussi un rôle important.
La baisse du coût des panneaux solaires et des batteries change progressivement la donne. Les solutions décentralisées permettent de contourner en partie le manque d’infrastructures lourdes. L’expérience de pays méditerranéens, notamment le modèle espagnol dans le solaire et l’éolien, montre aussi l’importance d’un cadre réglementaire clair pour attirer les investissements privés.
Malgré les progrès, les obstacles restent nombreux. Le premier concerne le financement. Les projets renouvelables nécessitent des capitaux importants au départ, même si leurs coûts d’exploitation sont ensuite relativement faibles. Or, dans plusieurs pays africains, les taux d’intérêt sont élevés et les garanties publiques limitées, ce qui renchérit le coût final de l’électricité.
Le deuxième défi porte sur les réseaux. Produire de l’électricité renouvelable ne suffit pas : il faut pouvoir la transporter, la distribuer et l’intégrer de façon stable. Les réseaux vieillissants, les pertes techniques et les coupures fréquentes compliquent l’intégration de nouvelles capacités. Le stockage, les interconnexions régionales et la modernisation numérique des réseaux seront des leviers essentiels.
Enfin, la stabilité réglementaire demeure déterminante. Les investisseurs ont besoin de règles lisibles, de contrats fiables et de procédures transparentes. Les pays qui réussissent le mieux sont souvent ceux qui combinent une vision politique de long terme, des institutions solides et une planification énergétique réaliste. Sans cette cohérence, même un excellent potentiel renouvelable peut rester sous-exploité.
Les pays africains qui misent le plus sur les énergies renouvelables ne suivent pas un modèle unique. Le Maroc et l’Égypte avancent avec de grands complexes solaires et éoliens. Le Kenya valorise la géothermie. L’Éthiopie s’appuie sur l’hydroélectricité. L’Afrique du Sud cherche à sortir progressivement du charbon, tandis que le Sénégal, le Ghana ou le Rwanda développent des solutions plus ciblées.
Cette diversité est une force. L’avenir énergétique du continent dépendra de la capacité à combiner grands projets, solutions locales, financements abordables et coopération régionale. Les renouvelables ne régleront pas à elles seules tous les défis énergétiques africains, mais elles offrent une opportunité rare : produire une électricité plus propre, renforcer l’indépendance énergétique et soutenir le développement économique. Pour plusieurs pays, la transition est déjà en cours ; l’enjeu est désormais de l’accélérer sans la rendre inaccessible.